Accueil Rubriques Histoire Antiquité La période Gallo-romaine

Les peuples venus d’outre-Rhin se faisant de plus en plus menaçants, les Gaulois firent appel à César et ses légions en l’an 58 avant J.C.
Mais dès qu’il eut refoulé les « barbares », César entreprit la conquête de la Gaule, ou plutôt, des Gaules.


13Dans notre région, la romanisation se fit sans grands problèmes.
La « cité des Médiomatriques », comme ses voisines, releva désormais de la « Gaule Belgique » dont le gouverneur impérial siégeait à Reims.
Une longue période de paix, de stabilité et de prospérité, la « Pax Romana », commença. La nouvelle civilisation « gallo-romaine » allait se développer.
La cité des Médiomatriques était administrativement divisée en plusieurs « pagi », le nôtre étant le « pagus salinensis ». Le territoire était sillonné par une grande voie romaine reliant Reims (la capitale de la province) à Strasbourg (à la frontière de l’empire avec le « monde barbare ») en passant par Metz (chef-lieu de notre cité).
Les principales bourgades de notre pagus étaient essentiellement établies sur cette fameuse route ou à sa proximité immédiate : Ad duodecimum (Delme), Vicus Bodatius (Vic-sur- Seille), Vicus Marsallum (Marsal) et Ad decempagos (Tarquimpol).
Cette voie à vocation essentiellement militaire au départ devint bientôt un axe de développement commercial et économique. Autour de cet axe majeur s’articulait tout un réseau de voies secondaires (diverticula) reprenant en grande partie les anciens chemins sauniers de l’époque celtique. Vic, Moyenvic et Marsal se sont établis sur des îlots de briquetage au milieu des marécages de la vallée.
Certains îlots sont enserrés dans les méandres de la vieille Seille laquelle se faufilait tant bien que mal entre tous ces amas de débris de terre cuite des temps protohistoriques. les deux bourgades voisines : Vic et Marsal.

De sa traversée du « pagus salinensis », la voie romaine a laissé jusqu’à nos jours des jalons qu’on retrouve sous la forme de toponymes significatifs sur les plans cadastraux : « la Voie Romaine » à Liocourt dont une association locale porte le nom, « la Vieille Route » à Puzieux, « la Douzième Borne » (restaurant bien connu) à Delme, « la pièce des Romains » dans les fonds de Fresnes, « le Pavé » au niveau des vieux virages de la Côte de Fresnes, « la Source des Romains » à l’écart dans la forêt d’Amelécourt.
A Château-Salins, l’actuelle Rue de la Brigade Alsace-Lorraine qui se prolonge par l’ancien « chemin des pommiers » au niveau du lotissement du Soleil Couchant correspond à « la Vieille Route de Metz », appelée « alter Weg » sous la première annexion. A la sortie de la ville en direction de Strasbourg, le lieu-dit « Au Pavé » se trouve au départ du « chemin de Morville » reprenant le tracé de la voie en question.
En limite Est du Saulnois, signalons encore le « Romersberg » ou Mont des Romains en face de Tarquimpol par delà l’étang de Lindre.

En dehors de ce grand axe, d’autres routes antiques ont laissé leur empreinte dans le paysage. Ainsi voit-on très nettement du « Haut de Saint-Jean » l’ancienne voie de Moyenvic vers Einville (et Lunéville).
De même le « pont romain » dont des vestiges sont parfois visibles dans les vasières de l’automne en amont de l’étang du Bischwald est situé sur le tracé du « Chemin des Romains » menant de Metz vers Grostenquin (et Sarre-Union).

Beaucoup de vici romains * correspondaient à d’anciennes bourgades gauloises mais les vieilles habitations en bois et terre furent remplacées progressivement par des maisons en pierre et chaux. De même, parmi les nombreuses villae gallo-romaines, beaucoup d’entre elles résultaient de l’aménagement d’anciens domaines ruraux gaulois. [* vici : pluriel de vicus]
Le nombre de villae * repérées dans notre Saulnois est impressionnant. Joseph-Alexandre Schmitt, Castelsalinois d’origine, devenu conservateur à la Bibliothèque Nationale à Paris, en a identifié plusieurs au cours de ses « Promenades Antiques aux alentours de Château-Salins » qu’il a publiées pour la Société d’Archéologie Lorraine à la fin des années 1870.
Quant à René Berton dont l’ouvrage « la Mémoire du Sol » fait autorité en la matière, il en cite bien d’autres encore. [* villae : pluriel de villa]


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La « villa rustica » de la forêt de Grémecey, découverte en 1959 par M. Odille de Chambrey, a été fouillée dans les année soixante et en partie restaurée par la suite avant d’être à nouveau ensevelie ( ! ) sur décision administrative.

Cette villa a livré quantité d’objets fort intéressants (parmi lesquels de nombreuses pièces de monnaies) recueillis pour la plupart par Paul Beugnette et sa fille, Maryse Ciamarella.

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Les toutes récentes fouilles archéologiques préventives sur le tracé de la Ligne à Grande Vitesse (LGV est-européenne) ont révélé de nouveaux sites dans notre secteur comme à Conthil, Cutting (carrefour de l’Espérance), Bisping … et à Bassing où le fossé de l’enclos d’un ancien domaine rural gaulois a été nettement mis en évidence.

20Après la romanisation, ce site fut réaménagé avec la construction à l’époque de l’empereur Auguste d’un établissement possédant notamment une cave à parement de très belles pierres de taille.
Ces fouilles ont été très riches en trouvailles de toutes sortes et le public a pu les découvrir lors des journées d’ouverture du chantier.
A noter que le Castelsalinois J.D. Laffite était l’un des deux responsables scientifiques des fouilles et dans l’équipe figurait Yannick Milerski (sur la photo cicontre) originaire de Vergaville.

21Sur le haut de la Côte de Delme se dissimule une ancienne habitation gallo-romaine fouillée dans les années 1970 par une équipe d’archéologues amateurs parmi lesquels Daniel Bérénice de Xocourt.

 

Dans le hall de l’Hôtel de Ville se trouvent de nombreux objets découverts dans le secteur de Delme et surtout à Donjeux où un établissement de bains a été identifié aux siècles passés. Il a permis d’enrichir la collection grâce aux trouvailles de François Callot.

23Le « trésor de Vic » a été mis à jour fortuitement, en 1975, à l’occasion des travaux de fondation de la maison du Dr. Woerther, spécialiste de l’histoire de Vic-sur-Seille.
A voir au Musée départemental « Georges de la Tour » !
Les fouilles conduites par J-D. Laffite à l’emplacement du musée ont d’ailleurs confirmé l’occupation romaine des lieux.
Au XIXe siècle, on a trouvé à Marsal un petit monument élevé à la gloire de l’empereur Claude, daté de l’an 44 de notre ère. Depuis la départementalisation du Musée du Sel et grâce à l’action de Gabriel Diss, son conservateur, ce remarquable élément du patrimoine du Saulnois a quitté le Musée de la Cour d’Or à Metz pour rejoindre celui de Marsal.

24Les vestiges de l’antique cité de Decempagi située à mi-chemin sur la voie entre Metz et Sarrebourg sont visibles çà et là dans les rues du village de Tarquimpol et dans les villages voisins. Mais l’essentiel des objets découverts se trouve au Musée de Sarrebourg, notamment de magnifiques et énormes blocs sculptés dans du calcaire blanc, la pierre de Tincry.

A voir aussi : les ustensiles de la fameuse « cachette du paysan-vigneron » laquelle renfermait des éléments de charrue à roue (fers et chaînes) utilisée étrangement de façon très précoce en ce lieu !
Tout ceci a été mis à jour en 1951 lors de fouilles de sauvetage conduites par M. Marcel Lutz, conservateur de ce Musée jusqu’en 1978 et qui présida longtemps la SHAL (section de Sarrebourg), Société d’Histoire et d’Archéologie de la Lorraine.

25Depuis la fin du IIIe siècle, la Belgique avait été administrativement divisée en deux provinces et notre région relevait dès lors de la Belgique Première avec Trêves pour capitale. Celle-ci deviendra capitale de l’Empire en 367.
Le découpage antique des cités romaines servira de base à celui des futurs diocèses.
L’archidiocèse de Trêves reprendra les limites de la Belgique Première et sera divisé en quatre diocèses correspondant aux quatre cités gallo-romaines : Trêves (les Trévires), Metz (les Médiomatriques), Toul (les Leuques) et Verdun (les Verdunois résultant d’une scission de la cité des Médiomatriques à la fin du IIIe siècle).

C’est également à la fin du IIIe siècle que Saint Clément devint le 1er évêque de Metz. Selon la légende, il débarrassa la ville de tous les monstres qui infestaient l’amphithéâtre en noyant le dragon le plus fort, le fameux graoully, dans notre rivière, la Seille. Cet étrange dragon ailé est représenté sur le linteau du portail de la chapelle Sainte-Ursule à Puttigny.
En 313, l’empereur Constantin promulgua l’édit de Milan accordant aux chrétiens la liberté de culte. Mais la christianisation ne se fit que lentement surtout dans nos campagnes. C’est ainsi que les Saints Pient, Agent et Colombe furent décapités peu de temps après cet édit en raison de leur foi.

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Deux reliquaires dédiés aux trois Saints-patrons de la paroisse de Moyenvic sont présents dans l’église toute moderne du village.
Depuis la fin du IIIe siècle, la fameuse « Pax Romana » du début de notre ère n’était plus franchement d’actualité. Les troubles intérieurs et les incursions barbares se faisaient de plus en plus ressentir dans notre région également.
C’est ainsi qu’en l’an 356 eut lieu la bataille de Tarquimpol qui fut une sorte de « victoire à l’arraché » des légions romaines menées par le futur empereur Julien, venu de Reims, sur les Alamans venus de Germanie.

28En 406, les Vandales et autres Barbares « déferlèrent sur la Gaule » (selon une expression consacrée mais non avérée) en repoussant les Francs établis près de la frontière.
A leur tour, en l’an 451, les hordes hunniques d’Attila venues d’Asie franchirent le Rhin et, malgré la bravoure du chevalier Livier, chef de la résistance messine, la ville fut cruellement dévastée en avril.
Les Huns capturèrent Livier et le conduisirent, dit-on, dans un camp près de Marsal, ville dont ils s’étaient emparés auparavant. Refusant d’abjurer sa foi, il fut décapité en novembre sur le Mont Saint-Jean. Dans la chapelle bâtie plus tard au lieu de son inhumation un tableau évoque naïvement ce tragique événement.
A noter que la statue de Saint-Livier tenant sa tête dans ses mains (saint céphalophore) est présente dans de nombreuses églises du Saulnois et de toute la région.

 

En ces temps anciens, la légende se mêle souvent à l’histoire !

Ainsi, Saint Gibrien, patron de la paroisse de Lindre-Haute, aurait lui aussi été martyrisé par les Barbares : enseveli vivant, les bras sortant de terre ! D’où la présence des bras reliquaires conservés à l’église toute proche du puits portant son saint nom là où se serait perpétré le crime.
A noter par ailleurs que Saint Gibrien fut un disciple de St Rémy, le patron de la paroisse voisine de Lindre-Basse. Après toutes ces « invasions », le pays fut ruiné, les villas incendiées et pillées, les terres laissées en friches, les routes défoncées. C’était le chaos, la misère, la désorganisation totale: la fin de l’empire romain d’Occident ... Et le début de la domination franque !
La fameuse « frontière linguistique » qui sillonne l’Est de notre Saulnois résulterait, selon la plupart des historiens, de l’établissement en grand nombre de peuplades germanophones (surtout des Francs et des Alamans) du côté oriental alors que ces mêmes arrivants germaniques se seraient d'une certaine façon « dilués et fondus » dans la population restée majoritairement romanophone dans la partie occidentale .
Ceci dit, certaines hypothèses font remonter cette limite des langues non pas à plusieurs siècles « après » mais « avant » J.C. ! Ces tribus venues de l’Est se seraient installées là progressivement et pacifiquement bien avant la conquête romaine. Il vaudrait donc mieux parler de vagues de migrations plutôt que de grandes invasions !

30En tout cas, cette frontière culturelle a traversé les siècles pour survivre jusqu’à nos jours, même si, le temps passant, elle s’estompe de plus en plus.
Quand on observe la carte des archidiaconés du diocèse de Metz (qui seront créés par la suite), on remarque que ceux de Vic et Metz sont dans la partie francophone, ceux de Marsal et Sarrebourg étant situés à l’est de la ligne de partage des langues !
Le basculement du secteur Marsal-Dieuze dans la zone de langue romane n’aura lieu qu’ après la guerre de trente-ans !

Les populations gallo-romaines vivaient en bonne intelligence avec les nouveaux occupants venus de l’Est. Les noms de nos villages révèlent d’une certaine façon les diverses influences de cette lointaine époque. Ils sont essentiellement formés à partir du nom d’un homme souvent d’origine germanique et possesseur du lieu et d’un suffixe significatif.
Les noms terminés par « y » auraient une origine gallo-romaine : Nomeny, Lucy,Chambrey, Lezey, Ommeray, Bourdonnay … situés dans la partie romanophone. Ceux au suffixe « court » : Gerbécourt, Bioncourt, Réchicourt … seraient d’origine franque.
Ceux qui s’achèvent en « heim » comme Mittersheim, « Hain » comme Bréhain ou « stroff » comme « Bénestroff » et « Albestroff » ont une origine germanique évidente.
Les noms terminés en « ing » comme Guébling ou Insming sont à rattacher à ce dernier groupe, les communes concernées étant plutôt situées à l’Est du Saulnois.
Ce suffixe « ing » a sa variante francisée en « ange » : Guéblange, Haboudange ...
[Remarque: lors des récentes annexions, les Allemands germanisèrent indifféremment les deux formes « ing » et « ange » en « ingen », ce qui donna respectivement: Geblingen, Insmingen, Güblingen et Habudingen.]

- Rappel:
les limites du diocèse correspondent à celles de l’antique cité des Médiomatriques.

- Remarques:
Metz est situé au confluent de la Moselle et de la Seille, Sarrebourg sur la Sarre, Vic et Marsal au coeur de notre vallée de la Seille, tous les quatre au long de l’antique grande route romaine ! L’archidiaconé de Vic s’étend à l’Ouest jusqu’en Meuse et celui de Marsal jusqu’au Nord de Thionville ce qui montre bien l’importance originelle de ces deux centres du Saulnois !

 

 

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